PREAMBULE
A quoi reconnaît-on une grande œuvre ? A ceci : elle supporte tous les voyages, dans le temps, dans l’espace ; elle s’adapte à toutes les époques, à toutes les races et à toutes les situations.
ANDROMAQUE de RACINE est de cette lignée. Songez que pendant l’occupation les Allemands ont fait interdire la pièce. Ils voyaient dans le personnage d’Andromaque le symbole de la résistance à l’oppression nazie.
Je veux transposer l’action en Afrique ou aux Antilles et démontrer que blancs, noirs ou jaunes, les hommes sont les mêmes. Il y a une nature humaine, intemporelle, et seul la géographie, l’histoire, la culture et les préjugés peuvent faire naître quelques différences entre les hommes.
D’ailleurs, la Grèce dont parle RACINE dans sa pièce s’étendait à l’Afrique du Nord et le mot Afrique désignait cette partie de la Grande Grèce avant de s’étendre à tout le continent.
J’ai beaucoup lu Frantz FANON, « Peau Noire, Masque Blanc » et Frédéric REGENT, « Esclavage, Métissage, Liberté » et retenu quelques idées. Alternativement, les Guadeloupéens ont privilégié et cultivé une part d’eux-mêmes. Je voudrais par ce travail les réconcilier avec eux-mêmes. Leur faire accepter leur métissage physique et culturel et ramener le balancier identitaire au milieu. Il est temps d’arrêter « bigidi ». Voir l'article "Africain" dans "Nous Sommes Guadeloupéens", http://quidal.unblog.fr/
Andromaque doit être un spectacle total où s’associent le théâtre, bien sûr mais aussi la musique, le chant, le mime lors du premier monologue d'Oreste à l'acte 2, scène 3 et …la danse, le gro ka, où le danseur est toujours en rupture, bigidi…Andromaque doit être « un lieu des possibles » (Léna BLOU, Techni’Ka.)
Pour finir, je voudrais dédier ce travail, comprenne qui voudra, à un militant anti-apartheid d’Afrique du Sud : Steeve BIKHO.
Quelques remarques :
Une amie qui avait traduit L’AVARE de MOLIERE en créole m’avait suggéré d’en faire de même avec ANDROMAQUE. L’idée m’avait paru et me parait toujours sacrilège. Comment traduire d’aussi beaux vers en créole. Comment transcrire : « Goûte-t-il des plaisirs tranquilles et parfaits » (v.1443, acteV, scène 2). Ce serait aussi saugrenu que de traduire « Femm » de Joby BERNABE en français. Il faudrait un immense talent que je n'ai pas.
On a bien traduit HAMLET en français me fit-elle remarquer. Certes, mais si je maîtrisais l’anglais, croyez bien que je ferais le voyage jusqu'à Londres. J’ai toujours préféré les versions originales.
Toutefois, dans ANDROMAQUE, on ne dit pas demander, mais mander : vers. 405, Acte II scène 1:
« Mais vous ne dites point ce que vous mande un père. »
« Charme (s) » est utilisé au vers 31, acte I, scène 1 et au vers 673, acte II, scène 5 au sens antillais du terme, « en fouye en châme » :
« Par quel charme, oubliant tant de tourments soufferts » vers 31
« Quel charme, malgré elle vers elle vous attire ? » vers 673
Il en est de même de cœur au vers 267, acte I, scène 4 :
« Et quelle est cette peur dont leur cœur est frappé, »
En créole comme en ancien français, le mot signifie courage. Et que penser du mot « fers » vers 32, Acte I scène 1 ?
« Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers ? » Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ou quelqu’un ?
Et si Racine dans une prémonition qui défie le temps, l’avait écrite pour nous cette pièce ? Car « (Que) sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? ». Et « cet appareil qui vous suit », vers 1638 et 1639, scène 5 Acte V.
Mais surtout, la réaction d’Andromaque, à la déclaration de Pyrrhus, vers 281-296 :
« Seigneur, que faites-vous, et que dira la Grèce ? »
Elio SUHAMY, chargé de cours à l’université Paris-IV Sorbonne prétend qu’Andromaque, ironise. En fait c’est de la colère qu’exprime Andromaque parce que Pyrrhus lui a mis la main aux fesses. Ce qui était impossible sur une scène de tragédie au 17ème siècle. Et le moderne Racine pressentait qu’à notre époque cela se passerait ainsi. Sinon, Andromaque déclarerait « Seigneur, que dites-vous, et que fera la Grèce ? » Et non le contraire.
RACINE, pour réécrire cette fin de L’Iliade, a laissé libre cours à la poésie et à son imagination. Il nous pardonnera certainement la nôtre.
Pour vraiment finir, le but ultime de ce projet : faire résonner le KA à La Comédie Française.
Texte complet : http://abu.cnam.com/cgi-bin/go?andromaque1,1081,1100
mardi 28 octobre 2008
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