ANDROMAQUE PAGE 18 :
BRITANICUS de Jean RACINE
Par une troupe Africaine
Je n’ai jamais été touché aussi juste par une représentation de Britannicus : la violence du prétendu « doux Racine » (il ne décrit que ces grands fauves humains qui de tout temps, n’ont respiré que l’air rare des cimes du pouvoir) se trouve mise en valeur par cette troupe produite au sommet de la francophonie à Cotounou et, plus récemment, à la Grande Halle de la Villette. Elle est conduite à la fois par Lisette MALIDOR*, Antillaise, qui fut une intrépide meneuse de revue au Casino de Paris, devenue une impériale tragédienne (interprétant le rôle d’Agrippine) et par Tola Koukoui, Béninois, le metteur en scène, incarnant un empereur au visage un peu trop secoué par des tics nerveux pour souligner, ce qu’on savait, que Néron était un psychopathe.
Tous les comédiens sont remarquables : Akala Akambi, comédiens béninois, « Burrhus », Alphonse Atalacoloudjou, de même origine, « Narcisse », transformé en sorcier manieur de poupées à sortilèges, le jeune Paulin Fodouop, Camerounais, émouvant « Britannicus », Jackee Tavernier, Antillaise, qui incarne « Junie », enfin Mata Gabin, Ivoirienne, qui interprète avec force et talent le rôle ingrat de la confidente Albine, chargée du récit final.
Tous les comédiens sont revêtus de somptueux costumes africains, l’empereur et sa mère portent des couronnes ; celles-ci ne sont guère romaines : sous Néron, les Romains (comme les Français aujourd’hui), se croyaient encore en république et, en raison de cette fiction, excluaient tous les signes extérieurs de la royauté, dont ils avaient eu si longtemps l’horreur et laissaient à l’honneur les faisceaux de licteur des Consuls et le sigle « SPQR » du Sénat. Toutefois, ces accessoires anachroniques placent le spectateur dans l’atmosphère barbare d’une Cour mérovingienne où les « fauves humains » portaient couronnes et attachaient leurs vaincus à la queue d’un cheval sauvage.
Un article de Libé, en saluant l’excellence du spectacle, a estimé que cette troupe « manquait un peu d’audace ». Faire interpréter un classique français par une troupe de noirs est une audace. Des totems, un trône de bois sculpté, des poupées de chiffons, une musique de scène où Mozart est accompagné d’un fond de tam-tam composent une ambiance qui sert avec tact et mesure l’audace initiale. En rajouter serait verser dans l’outrance. Donc dans le mauvais goût. En fait, le grief formulé par l’organe de l’intelligentsia, c’est que l’on comprend tout ce que disent les comédiens : pas une syllabe perdue, les alexandrins ont douze pieds, inexcusable « ringardise » ! Alors qu’à la Comédie française, on perd la moitié du texte car les comédiens bredouillent, selon une mode nouvelle qui prétend « faire vrai ».
Comme il est réconfortant de voir une troupe de francophones africains, en interprétant à la perfection un chef-d’œuvre de notre langue, donner des leçons de respect de la langue française aux comédiens de nos scènes nationales !
Dominique NIDAS
*Lisette MALIDOR a aussi incarné Andromaque dans ANDROMAQUE de RACINE. Voir page 3 PERSONNAGE/CASTING.
Cet article date de 1992
PAPAGENO en AFRIQUE: Opéra. "Impempe Yomlingo" traduction littérale: La flûte enchantée, du 8 au 18 Octobre 2009 au Théâtre du Châtelet, à Paris.
Article paru dans le POINT du vendredi 9 octobre, signé Valérie MARIN LA MELSE
Mhlekazi Andy Mosica incarne Tamino
jeudi 13 novembre 2008
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